Rue Paul Lafargue

 Il y a plus d’un siècle, du cimetière de la rue de l’Epinette, c’est-à-dire au point où le pavé d’Emmerin continue sur le territoire de Lille, la population Loossoise ne connaissait cette longue voie que sous le nom de rue de l’Abattoir, auquel succéda, avant la guerre 1914-1918 celui de Jules Ferry en mémoire de cet homme d’Etat Français, qui contribua à l’organisation de l’enseignement primaire ainsi qu’à l’expansion coloniale de la France, par la conquête de la Tunisie et du Tonkin et d’établissement au Congo.

 En 1936, une décision du Conseil Municipal substitua à cette dénomination, pour la partie comprise entre le cimetière et l’angle aigu que forme la rue à sa jonction avec la rue Mirabeau, celle de rue Paul Lafargue en hommage à cet homme politique Français, né à Santiago-de-Cuba (1842-1911), disciple et gendre de Karl Marx.

 L’autre moitié de cette artère, jusqu’au territoire de Lille, a porté le nom de rue Jules Ferry.

 Elle longeait vers la voie ferrée Lille-Béthune, une assez grande briqueterie, avec un four à air libre, où était entretenu un immense brasier pour assurer la cuisson des briques.

 Non loin de là, l’angle du vieux chemin d’Avesnes : la fabrique « Au petit blanc » que la famille Gratureau exploitait de manière artisanale. Ce commerce offrait aux nombreux « bricoleux du dimanche » des boulettes de petit blanc constituées par de la pierre d’Ennequin finement moulue et suffisamment pétrie. Elles étaient manuellement moulées et mises à sécher sur des clayons en plein air. De la rue, on les voyait soigneusement rangées comme des gâteaux à l’étalage du pâtissier.

 La rue, en grande partie, était bordée de fossés et bâtie d’une majorité de maisons basses, aux ouvertures réduites (conséquence d’une loi instituant une taxe sur les portes et fenêtres, aujourd’hui supprimée). Elle était dotée d’un éclairage public au gaz de ville, installé avec parcimonie. Les faibles lumignons qui la balisaient dispensaient le soir venu une vague de lumière lui conférant un aspect fantomatique.

 Les rues Guy Mocquet, Paul Lafargue et Jules Ferry, c’est-à-dire la totalité de la vieille route d’Emmerin sont devenues des artères à grande circulation assurant des liaisons directes Loos-Lille, Emmerin, Haubourdin, Seclin.

 Ce quartier, qui fut ravagé par les troupes allemandes lors de leur entrée à Loos fin mai 1940, fut entièrement reconstruit.

 Le quartier s’est métamorphosé, et c’est dans ce secteur que fut créée la zone artisanale et commerciale de l’Epinette.

Paul Lafargue :

 Paul Lafargue voit le jour le 15 janvier 1842 à Santiago de Cuba. Les Lafargue regagnent la France en 1851, Paul est alors âgé de neuf ans. Il suit des études secondaires à Bordeaux puis des études de médecine à la Faculté de Médecine de Paris où il fait connaissance avec Proudhon. Suite à une déclaration au premier congrès international des étudiants qui eut lieu à Liège en octobre 1865 et dans laquelle il émet le souhait de voir disparaître les rubans tricolores au profit de la seule couleur rouge, il se fait exclure à vie de l’Université de Paris. Il émigre à Londres où il rencontre Friedrich Engels et Karl Marx (en février 1865), dont il épouse la fille, Laura, en 1868. Il rentre alors en France où il devient membre de la Première Internationale, dès 1866 il est élu au Conseil général de l’Internationale où il représente l’Espagne jusqu’au Congrès de Bruxelles en 1868. Il participe à la Commune de Paris en 1871 puis gagne l’Espagne où il fonde, à Madrid, une section marxiste (1871) de la 1re Internationale.

 Après s’être rendu au Portugal, Lafargue revient à Londres où il rencontre Jules Guesde, avec qui, en France, il fonde le Parti ouvrier (1880) et son périodique, le Socialiste (1885-1904).

 Il est incarcéré en 1883. Il devient député de Lille en novembre 1891 alors qu’il était à nouveau emprisonné à la suite d’une condamnation pour « provocations au meurtre » après les fusillades de Fourmies (1er mai 1891) qui avaient fait neuf morts chez les ouvriers.

 Il est l’auteur, entre autres, du pamphlet fameux Le Droit à la paresse (1880) : « Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traine à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture... »

 Il est également l’auteur d’un Cours d’économie sociale (1884), du Communisme et l’Évolution économique (1892), et du Socialisme et la Conquête des pouvoirs publics (1899) et de nombreux textes polémiques ou de circonstance.

 À 69 ans, en 1911, il se suicide avec sa femme, en se justifiant dans une courte lettre : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres ».

 Paul Lafargue et Laura Marx sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise (division 77), face au Mur des Fédérés.

Localisez la rue Paul Lafargue sur le plan interactif.
Agenda de cette rubrique
  Mai 2012 
lmmjvsd
3013456
7910
141516171820
2122242627
282931123