Le passé d’Ennequin est fertile ; chacune de ces rues possède une histoire. Bien des souvenirs renaissent à la seule évocation de la voie principale qui le traverse. Cette grande artère de circulation était dénommée au XVIIIème siècle « Grand Chemin d’Ennequin ». Prenant naissance au grand chemin de Lille à Haubourdin (Route Nationale 41), à l’endroit où se situait le café « Au stop », construit l’emplacement d’une ancienne ferme, elle était bordée de fossés et d’arbres séculaires.
La construction du chemin de fer Lille-Béthune vint diviser le village et couper en deux tronçons le rue d’Ennequin. Le premier, de la Route Nationale au passage à niveau, fut dénommé en juillet 1936 rue Jules Guesde. Le second, au sud du chemin de fer, reçut en décembre 1947la dénomination de rue du Général Leclerc, connue aussi autrefois sous le nom de rue de l’Egalité.
C’est l’une des rues les plus populaires de la commune où ont vécu de nombreuses générations de Loossois qui ont concouru au développement de la cité. On y trouvait quelques commerces tels que la blanchisserie Pecqueur, puis « Blanche-Neige », le cinéma « Lambert », la menuiserie « Vaillant », la brasserie « Lezaire », la ferme « Despringue » (« Degroote »), la menuiserie « Mullet », la brasserie « Peucelle », etc...
Elle ne manquaient pas d’animation cette rue. Chaque jour, elle retentissait des appels familiers de commerçants ambulants connus de chacun : publicité orale et tonitruante annonçant le dimanche l’ouverture du petit théâtre de grandes marionnettes situé rue Mirabeau, la trompette du marchand de crèmes glacées, celle du livreur de pain, la crécelle du brocanteur, le grinçant moulinet du marchand de poissons, la corne d’appel du marchand de charbon, le tombereau du marchand de sable blanc, destiné à protéger le sol des couloirs, des cuisines, celui des salles de cabaret... et encore bien d’autres petits commerces de la rue qui faisaient le charme pittoresque d’Ennequin.
La rue et les prairies étaient le terrain de jeux des enfants. Ils y pratiquaient notamment celui des « pirettes » (noyaux de cerises), la « porette » (toupie en bois dur qu’on lance et fait tourner à l’aide d’une ficelle enroulée) ; « l’anguille » ou « saute-moutons », « la balle au mur », « la balle au camp », le jeu du bouchon qui garde encore ses adeptes.
La vaste plaine de Loos s’étendait aux portes d’Ennequin et la jeunesse turbulente s’en donnait à cœur joie. Le plus célèbre des anciens pâturages où ils aimaient se rassembler est sans doute celui-là même situé au Pavé d’Emmerin que remplace à présent le Complexe Sportif Municipal. Mais il en est un moins connu : la pâture Courouble. Le grand chemin d’Ennequin aboutissait d’ailleurs à la Cense du même nom, jadis propriété des moines, après avoir contourné cette aimable pâture. Le vieux cimetière, car c’est de lui dont il s’agit, est aménagé en ses lieu et place ; c’est pourquoi les aînés de Loos, disaient en parlant du dernier voyage : « aller au Courouble ».
Il faut dire que le visage d’Ennequin a beaucoup changé, depuis 1907, date où fut construite son église. La plupart des courées ont disparu. De nouvelles voies ont été tracées à travers un ensemble de terres de cultures, tel le boulevard de la République, devenu l’une des plus importantes voies le reliant à Loos Centre. Celle-ci totalement bordée de maisons d’habitations remplace l’ancien sentier Notre Dame de Grâce.
La quartier possède bien entendu ses écoles primaires et maternelles, son Centre Social Place Jean Jaurès (ex-Place des Ecoles), une halle de sports située rue Schuman près du collège Debeyre. De charmantes traditions ont disparu comme la foire aux plaisirs annuelle de la paroisse, mais d’autres sont demeurées immuables : les fêtes d’Ennequin à l’époque de la braderie, chaque année en septembre, ont conservé leur attrait pur une foule de Loossois et de visiteurs des villes voisines.
La ferme, ancienne cense d’Ennequin, fait maintenant partie du patrimoine communal. De passionnants projets sont à l’étude pour sa destination dans le domaine culturel, mais n’anticipons pas.
Ennequin, riche en souvenirs demeure un quartier où il fait bon vivre.

Fils d’un professeur d’institution privée, Jules Bazile, après avoir suivi des études classiques et obtenu son bac en 1863, entre à la préfecture de Paris comme expéditionnaire-traducteur à la direction de la presse, Il collabore très tôt à des journaux républicains, se signalant par son audace contre le régime impérial, choisissant alors comme nom de plume le patronyme de sa mère, Eléonor Guesde.
Ces années sont celles d’une formation politique de plus en plus marquée à gauche. À un journaliste du Matin venu l’interviewer sur son itinéraire politique en 1893, il répond qu’il est devenu républicain sous l’Empire en lisant en cachette les « Châtiments » de Victor Hugo, athée en lisant la Critique de la raison pure de Kant et enfin socialiste « par la Commune ». De fait, c’est de Toulouse puis Montpellier, et non à Paris, que le jeune Guesde critique l’entrée en guerre de la France en 1870. Il défend l’opinion républicaine dans « le Progrès libéral » de Toulouse en 1868, puis, l’année suivante, jusqu’en 1871, dans « la Liberté » de Montpellier puis dans « les Droits de l’Homme » où il est alors secrétaire de rédaction. Après le 4 septembre, il soutient la nouvelle République et surtout, à partir de mars 1871, l’insurrection de la Commune. Ses articles virulents lui valent diverses condamnations à l’emprisonnement qui le poussent, pour y échapper, à l’exil au mois de juin.
Réfugié en Suisse puis en Italie, à Milan, où il survit en donnant des leçons de littérature, il entre alors en contact avec des militants de l’Association internationale des travailleurs (Première Internationale), mouvement fondé entre autres par Karl Marx en 1864. D’abord hostile au philosophe, Guesde se rapproche peu à peu de ce dernier. Sans pour autant adopter toutes les idées de Marx, il en défend vigoureusement le concept de prise de pouvoir par le prolétariat.
De retour en France en 1876, Guesde vise deux objectifs. D’abord reconstituer le mouvement ouvrier décapité après les événements de la Commune de Paris, et ensuite convaincre l’élite de la classe ouvrière française du bien-fondé des doctrines du socialisme scientifique issues de la pensée marxiste.
À cette fin, il lance avec Paul Lafargue le journal L’Égalité (qui parait avec quelques interruptions de 1877 à 1883), qui diffuse en France des idées certes marxistes mais à l’évidence traversées par diverses influences françaises, de Blanqui à Rousseau. En effet, Engels rapporte sans négation que « Ce que l’on appelle « marxisme » en France est certes un article tout spécial, au point que Marx a dit à Lafargue : « Ce qu’il y a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste ». »
Le groupe « collectiviste » dirigé par Guesde réussit à obtenir la majorité au congrès ouvrier de Marseille de 1879, prélude à la fondation en 1882 du Parti Ouvrier. Le PO est ensuite dénommé Parti ouvrier français en 1893 pour éviter les calomnies de la propagande nationaliste et revancharde. Le POF reste et restera jusqu’au bout dans la vision internationaliste.
Très vite, apparaissent des divergences entre les dirigeants concernant les conditions de la prise du pouvoir et les relations du parti avec la jeune République. Pour les « possibilistes » menés par Brousse et Allemane, il convient de faire, au plus tôt, les « réformes possibles » plutôt que d’attendre une révolution dont la réalisation, liée à une hypothétique grève générale, apparaît alors moins que probable.
À cette époque, Guesde incarne la ligne dure du militantisme ouvrier, opposée à tout compromis avec les « forces bourgeoises ». Tout au long de cette genèse de la Gauche française, il incarne un archétype, celui du militant pauvre, incorruptible, qui voyage sans répit pour faire connaître dans toute la France le socialisme révolutionnaire. Guesde, outre son activité inlassable – il publie beaucoup de livres, brochures, articles et anime au premier rang en dépit de sa santé incertaine les nombreux meetings socialistes – se révèle bon organisateur. Il structure rigoureusement son parti selon une logique pyramidale d’une grande efficacité, chaque niveau étant animé par des militants, souvent d’origine ouvrière, totalement dévoués, sinon soumis, à la célèbre « discipline guesdiste », qui étonne par sa rigidité partisans et adversaires. Par ailleurs, le Parti ouvrier est internationaliste, ses liens sont étroits avec les partis étrangers, notamment la social-démocratie allemande.
Les succès du Parti Ouvrier sont rapides. Comptant à peine 2 000 membres en 1889, il gagne en audience – 20 000 militants en 1902 – et conquiert ensuite plusieurs grandes municipalités, notamment Roubaix qui reste le sanctuaire du guesdisme – la « Rome du Socialisme » – jusqu’en 1914. Le PO atteint son point haut électoral aux législatives de 1893. Très populaire dans le Nord, bastion d’un POF soutenu par les ouvriers du textile et de l’industrie, profitant d’une influence moins forte et moins durable dans le « Midi rouge », Guesde entre à la chambre des députés une première fois en 1893 pour la circonscription de Roubaix en s’affirmant « collectiviste, internationaliste et révolutionnaire ». Battu en 1898 et 1902, il est réélu en 1906. Il conserve son siège jusqu’à sa mort en 1922.
Sous l’impulsion de Guesde, le PO est un des fondateurs en France des journées du 1er Mai, dites « fêtes du travail », à partir de 1889 qui vise à obtenir pour les ouvriers des avantages précis et immédiats, comme la réduction de la journée de travail.
En 1900, il s’oppose à Jean Jaurès quant à la participation d’Alexandre Millerand au ministère « bourgeois » de Waldeck-Rousseau. Lors d’une conférence contradictoire avec Jaurès, le 26 novembre 1900, il lui répond sur « la vérité, au point de vue historique de leurs divergences », qui sera rapporté sous le titre Les deux méthodes.
En 1902, son parti fusionne avec le Parti socialiste révolutionnaire d’Edouard Vaillant (blanquiste) pour former le Parti socialiste de France. La revendication de Guesde, que cette unité se fasse sur la base de la condamnation de toute tactique « participationniste », est adoptée puis confortée en 1904, lors du Congrès socialiste international d’Amsterdam.
Cependant, en dépit de ces succès partisans, le courant réformiste de Jean Jaurès, « socialiste indépendant », gagne inexorablement du terrain en France. En 1905, le Parti socialiste de France et le Parti socialiste français fusionnent pour fonder la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO).
La fusion du POF dans la SFIO était liée au refus, validé par la nouvelle organisation, du « participationnisme ». Pourtant, en dépit de ce succès tactique, le déclin du courant représenté par Guesde devient rapidement une évidence. Si les « guesdistes » apportent à la SFIO leur capacité militante, leurs publications et leur appareil doctrinal, ils connaissent un déclin inexorable sans doute accentué par l’état de santé de Guesde, de plus en plus précaire, qui l’empêche de jouer un rôle décisif.
Son courant est isolé - les amis d’Edouard Vaillant ne le soutiennent plus - notamment sur les questions internationales mais plus encore sur la direction des syndicats. L’adoption en 1906 de la Charte d’Amiens défend le principe de l’indépendance vis-à-vis des organisations politiques, fruit de la mise en minorité des Guesdistes au congrès, à la fois par les révolutionnaires et les réformistes, consacre la rupture définitive de la CGT avec la Fédération syndicale internationale.
Quelques coups d’éclats sont encore toutefois à l’initiative de Guesde. Ainsi en mars 1910, en accord ponctuel avec la CGT, il est le seul député SFIO à voter contre la loi des retraites ouvrières et paysannes, qualifiée par lui, à cause du prélèvement opéré sur les salaires pour les financer, de « vol législatif » ajouté « au vol patronal ». Il dénonce « cet article 2 qui, en instituant un prélèvement sur les salaires ouvriers, aggrave la misère ouvrière, rend plus pénible aux travailleurs le poids du jour et réduit les ressources familiales déjà insuffisantes. », comme l’avait fait Paul Lafargue au congrès de la SFIO de 1910.
Par ailleurs, Guesde est opposé à la franc-maçonnerie, qu’il considère comme « alliée à la bourgeoisie » et « nuisible de la classe ouvrière », comme il le rappela lors du Congrès socialiste de Limoges en 1906. Pour autant, de nombreux francs-maçons étaient adhérents du POF au point d’apparaître constituer un courant au sein du mouvement.
En accord avec le manifeste du POF de 1893 et 3 jours après la mort de Jaurès, il vote par cause et effet, « l’Union Sacrée » de tous les partis dans la défense du pays. En effet, dans le manifeste du POF de 1893, il affirmait son combat pour la paix, mais pas à n’importe quel prix : « l’internationaliste n’est ni l’abaissement ni le sacrifice de la patrie », et « La France n’aura pas de plus ardent défenseurs que les socialistes du mouvement ouvrier. ».
Guesde devient ministre d’État de 1914 à 1916 (cabinets Viviani et Briand). Il adopte des positions patriotiques comme le furent les Jacobins à leurs époques : « Je n’ai pas la même crainte de l’avenir. La guerre est mère de révolution » (1914).
Jules Guesde pensait en effet que la guerre serait créatrice d’une révolution sociale en France comme sous la révolution française et serait ainsi le point le départ d’une révolution internationale. Et, « Pour cette renaissance sociale, il faut vaincre, si lente qu’elle puisse être à venir et quelque sang qu’elle doive couler » (novembre 1915). A ce prix, il y eut effectivement des révolutions de par le monde notamment en Russie (Révolution de Février et d’Octobre 1917) et en Allemagne (Révolution Spartakiste en 1919).
Guesde et Sembat vont également s’opposer en conseils des ministres à l’arrestation des "défaitistes" que demandent les autorités civiles ou militaires.
Après l’armistice, le Congrès de Tours le voit choisir la « vieille maison » à la suite de Léon Blum contre la majorité qui adopte les principes communistes. Pourtant, ses dernières réflexions politiques s’adressent à la révolution bolchévique alors encore incertaine en Russie, pour laquelle il est en désaccord pour ces faits contrairement à celle de Février. Il dira « Veillez sur la révolution russe. ».
Malade, Guesde meurt à Saint-Mandé le 28 juillet 1922. Ses cendres reposent au cimetière du Père Lachaise.
La portée du « guesdisme » interroge aujourd’hui l’histoire du mouvement ouvrier à travers les traces qu’il a laissées dans toutes les composantes actuelles de la Gauche française. Jules Guesde reste cependant une personnalité commune et historique, puis un lien très fort entre les parties communistes et socialistes d’aujourd’hui.
Si la question syndicale a été définitivement tranchée par la Charte d’Amiens, la relation d’un parti révolutionnaire avec le système parlementaire est resté au centre des problématiques de cette époque. Cette difficulté, mal résolue, a été, par les scissions et affaiblissements qu’elle a provoqué au sein du POF, une des explications majeures de son déclin.
L’opinion publique, comme les militants, a peu à peu avalisé les choix stratégiques des « Indépendants » comme Millerand et surtout Jaurès qui apparait, à la veille du conflit mondial et bien plus que Guesde, le leader des socialistes de France. À la croyance d’une crise rapidement suivie de la révolution s’est substituée peu à peu la foi en l’imminence de la victoire parlementaire.
Guesde est resté jusqu’en 1914 sur son positionnement de non-conciliation avec la bourgeoisie.
Au moment de l’affaire Dreyfus, s’il croit le capitaine Dreyfus innocent et s’affirme publiquement dreyfusard, il refuse de s’associer activement aux campagnes dreyfusardes. Il indique en novembre 1900 : "Voilà comment j’ai été dreyfusard, c’est-à-dire dans la limite de la lutte contre le militarisme débordé, allant jusqu’à menacer, sous le couvert d’un gouvernement complice, d’un véritable coup d’État.". L’affaire va briser le bon rapport de confiance entre Jules Guesde et Paul Lafargue, ce dernier voulait effectivement s’y impliquer : « Le Parti ouvrier, qui est un parti politique, ne peut se désintéresser des questions politiques qui agitent le pays... ».
La même distance sera marquée en 1892-1893 lorsqu’éclatera l’affaire de Panama.
Enfin, au plan théorique, quoique « marxiste », le mouvement guesdiste n’a jamais défini sa politique sur une base théorique ou philosophique, mais sur des plans concrets. « Le collectivisme ne se distingue pas du communisme scientifique, tel qui est sorti de la critique maîtresse de Karl Marx. Si cette appellation a prévalu en France, c’est que, pour les besoins de notre propagande, il y avait lieu de nous distinguer des divers systèmes communistes qui, forgés de toutes pièces par des hommes de plus ou moins de bonne volonté ou de génie, versaient tous dans l’utopie. »
Les discours de Guesde, comme la plupart de ses articles, restent très peu influencés par les théories de Marx, sinon dans des mots d’ordre qui paraissent relever de slogans plutôt que d’une réflexion profonde, argumentée et serrée, respectueuse des idéaux du socialisme scientifique. Des intellectuels socialistes de premier plan, dont Lucien Herr ou Charles Andler, étaient ainsi rebutés par des simplifications incapables d’aboutir à des apports théoriques majeurs, hors cette espérance quasi messianique, entretenue et incarnée par le chef du POF, de la sortie prochaine des prolétaires du « bagne capitaliste ».
N. McInnes déclare que Guesde n’avait pas compris le marxisme, et que sa « mixture » avec le blanquisme « favorisait l’incompréhension » du marxisme. Il note d’ailleurs que « Guesde ne s’est jamais fait passer pour un théoricien marxiste ».
Philippe François Marie, comte de Hauteclocque, puis Leclerc de Hauteclocque (par décret de 1945), maréchal de France, également connu sous son nom de résistant Jacques-Philippe Leclerc, et retenu par l’histoire comme « le maréchal Leclerc », naquit le 22 novembre 1902 à Belloy-Saint-Léonard (Somme) et mourut le 28 novembre 1947 près de Colomb-Béchar en Algérie.
Fils du comte Adrien de Hauteclocque (1864-1945) et de Marie-Thérèse van der Cruisse de Waziers (1870-1956), il grandit au sein d’une famille de la noblesse picarde.
Il passe la plupart de ses vacances en famille dans le village de pêcheurs d’Audresselles.
En 1922, après avoir préparé le concours à Sainte-Geneviève, il entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion Metz et Strasbourg), dont il sort deux ans plus tard en tant que major de la cavalerie. Il entre alors à l’École d’application de la cavalerie de Saumur, dont il sort en 1925, là encore, en étant major.
Il épouse la même année, le 10 août 1925, Thérèse de Gargan qui a pour arrières-grands-parents le baron Théodore de Gargan et son épouse Marguerite de Wendel. Ils auront six enfants (quatre fils et deux filles).
Depuis 1918 (et jusqu’en 1930), la Sarre est sous occupation française en conséquence du Traité de Versailles (1919) faisant suite à la Première Guerre mondiale. Le jeune Philippe de Hauteclocque a pour première affectation le 5e régiment de cuirassiers à Trèves ; après y avoir passé un an, il obtient une affectation au 8e Spahis Algériens au Maroc. Il participe à la pacification du territoire au cours de la guerre du Rif, durant laquelle il se distingue. En 1929, le commandement du 38e Goum lui est confié.
Il devient instructeur à l’École de Saint-Cyr en 1931. Lors d’un exercice à cheval, sa jambe se casse sous sa monture ce qui lui valut d’utiliser une canne tout le reste de sa vie. Au cours d’un second séjour au Maroc, il est promu capitaine en 1934, et obtient la Légion d’honneur. En 1938, il réussit le concours d’entrée à l’École de Guerre (aujourd’hui devenu le Collège interarmées de défense), dont il sort major en 1939.
En mai 1940, Philippe de Hautecloque est capitaine d’état-major à la 4e division d’infanterie, en poste sur le front belge et dans la Poche de Lille. Lors de l’attaque allemande, il est fait prisonnier, mais parvient à s’échapper et à rejoindre les lignes alliées, où il reprend le combat.
Le 15 juin, il participe à une contre-offensive dans la plaine de Champagne au cours de laquelle il est blessé à la tête. Les blindés allemands ont ouvert le feu sur la maison dans laquelle il se trouvait et une partie du plafond s’est effondrée sur lui. La blessure ne semble pas l’affecter, à tel point qu’il continue le combat, jusqu’à ce qu’il soit à nouveau fait prisonnier.
Le 17 juin 1940, il parvient à s’évader et prend le parti de poursuivre la lutte. Il traverse la France à bicyclette, malgré l’occupation allemande, rejoint sa femme et leurs six enfants sur les routes de l’exode près de Libourne en Gironde. Après les avoir mis au courant de sa volonté de se battre, il essaie de franchir les Pyrénées à Bayonne, sans y parvenir. Il y arrive finalement près de Perpignan. Il est brièvement arrêté en Espagne, puis arrive jusqu’au Portugal d’où il rejoint Londres par bateau.
Il se présente au général de Gaulle le 25 juillet. Afin d’éviter que des représailles ne soient dirigées contre sa famille, il a pris le pseudonyme de « François Leclerc », le patronyme étant très fréquent en Picardie et à Belloy même. Cette discussion a probablement changé sa vie. Le général de Gaulle, reconnaissant en lui un chef exceptionnel, le promeut de capitaine à chef d’escadrons dès leur première rencontre et lui donne pour mission de rallier l’AEF à la France libre.
Le 6 août 1940, il quitte l’Angleterre pour le Cameroun avec René Pleven, André Parant et Claude Hettier de Boislambert. Vingt jours plus tard, il débarque de nuit en pirogue à Douala avec 22 hommes. Il fait la connaissance du commandant Louis Dio, qui arrive de Fort-Lamy à la tête d’un détachement du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad. Il parvient à convaincre les autorités fidèles à Vichy de s’effacer et rallie le Cameroun, le Tchad et le Congo à la cause de la France libre sous l’égide de Félix Éboué et de Larminat.
Leclerc est nommé Commissaire général du Cameroun et le 28 août, c’est toute l’AEF, à l’exception du Gabon qui s’est ralliée au Général de Gaulle. Celui-ci, au cours d’une visite à Douala le 8 octobre, donne son accord à Leclerc pour tenter de rallier le pays à sa cause. Avec l’aide des Forces françaises libres, repliées après l’échec de l’expédition de Dakar (23-25 septembre), Leclerc débarque près de Libreville le 8 novembre et le 10 novembre, le Gabon se joint à la France libre.
Leclerc est alors officiellement confirmé au grade de colonel par le général de Gaulle, grade qu’il s’était auto-attribué « comme par enchantement », selon l’expression de De Gaulle, en arrivant au Cameroun pour ne pas être en infériorité hiérarchique par rapport au lieutenant-colonel en poste à Douala, et il est désigné comme commandant militaire du Tchad.
La France libre a pour la première fois une assise territoriale et stratégique significative.
À partir de ces bases, sa colonne, qui compte notamment le capitaine Massu, effectue des raids de plusieurs milliers de kilomètres au milieu du désert, avec un équipement peu adapté aux conditions climatiques et au sol sableux et se dirige vers des postes italiens. Ayant pris l’oasis de Koufra (28 février 1941) avec un canon et 300 hommes seulement, il fait le serment avec ses soldats de ne pas déposer les armes avant d’avoir vu le drapeau français flotter sur la cathédrale de Strasbourg.
Il poursuit les combats en Libye et participe à la prise de Tunis par les Alliés avec la Force L (L pour Leclerc) au tout début de 1943.
L’armée de Leclerc, qui a été nommé général, est équipée de matériel américain et profite de quelques mois de répit pour étoffer ses rangs, incorporant notamment d’anciens soldats de l’Armée d’Afrique, vichyste.
Envoyée en Normandie, sa 2e division blindée (plus connue comme la 2e DB) débarque le 1er août 1944 dans la Manche sur la plage de Saint Martin de Varreville, et va établir son premier camp à Vesly dans un champ dénommé « champ Robert », où il séjournera 10 jours, le temps de s’organiser avant de faire route sur Argentan et Alençon, tout en ayant au passage prêté main-forte, lors de la fermeture de la poche de Falaise, à Chambois-Mont-Ormel. Faisant partie de la 3e armée du général Patton, la division de Leclerc, ou « division Croix de Lorraine », devient parfois même le fer de lance des attaques américaines. Sa division libère le 12 août Alençon, s’illustre dans la forêt d’Écouves, mais bute le 13 août sur Argentan, qu’elle ne peut investir, gênant en fait les mouvements américains. Leclerc demande alors l’autorisation de quitter le théâtre des opérations en Normandie, pour : « Ne plus perdre un seul homme ici et libérer la capitale de la France. »
Avec l’accord qu’il a arraché à ses supérieurs, la 2e DB se rue sur Paris, si bien que le 25 août 1944, le général Leclerc reçoit la reddition du général von Choltitz, gouverneur militaire allemand de Paris, à la gare de Paris-Montparnasse. La capitale a été libérée en deux jours, presque sans combat, dans un mélange de liesse et de coups de feu. Les généraux de Gaulle et Leclerc descendent côte à côte l’avenue des Champs-Élysées alors qu’éclatent encore des accrochages sporadiques.
Avant la fin de l’année 1944, le 23 novembre, ses troupes libèrent Strasbourg, occasion d’une prise d’arme pour rappeler que le serment de Koufra a été tenu. Ultimes faits d’armes, ce sont les soldats français de Leclerc qui s’emparent du Kehlsteinhaus, le « nid d’aigle » d’Adolf Hitler à Berchtesgaden en Bavière, quelques jours seulement avant l’armistice du 8 mai 1945.
Le 21 juin, il fait ses adieux avec solennité à sa division, qu’il quitte pour rejoindre le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient en Indochine française occupée par le Japon depuis 1940.
Le 2 septembre 1945, c’est Leclerc qui signe, au nom de la France, l’acte de capitulation du Japon à bord du cuirassé USS Missouri, en rade de Tokyo.
Il participe également à la reconquête de l’Indochine occupée par le Japon (sans résistance jusqu’au coup de force du 9 mars 1945) à la tête du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Arrivé en octobre 1945, après la capitulation du Japon et la proclamation de l’indépendance par Hô Chi Minh le 2 septembre 1945, il parvient à rétablir la souveraineté française dans toute la Cochinchine et le Sud-Annam, le 29 janvier 1946 tout en étant lucide sur la nécessité d’une solution politique. Au Tonkin, Hô Chi Minh accueille Leclerc, le 26 mars 1946 à Hanoï, favorablement. En effet, celui-ci était pour la résolution de la crise qui secouait la colonie française par la voie politique.
En 1946, Leclerc est nommé inspecteur général en Afrique du Nord.
Le 28 novembre 1947, au cours d’une tournée d’inspection en Afrique du Nord, son avion, un B-25 Mitchell est pris dans une tempête de sable. On suppose que le pilote est descendu à basse altitude pour trouver des repères géographiques, mais l’avion a percuté la voie ferrée, non loin de Colomb-Béchar. Les 12 occupants de l’appareil sont tués sur le coup. Un treizième cadavre a été retrouvé dans la carcasse de l’avion. Ce treizième homme a alimenté l’idée du complot.
La nouvelle de ce décès est un choc pour une France qui se relève difficilement d’une terrible guerre et qui voyait en cet homme le libérateur de Paris et de Strasbourg, celui qui avait lavé l’affront de la défaite de 1940. Après un hommage national à Notre-Dame, la 2e DB escorte son chef vers l’Arc de Triomphe, où une foule de Français viennent s’incliner devant le cercueil du général d’armée. Il est inhumé dans la crypte des Invalides.
Il a été élevé à la dignité de Maréchal de France, à titre posthume, par décret du 23 août 1952.
Le 30 novembre 1997, pour le cinquantenaire de l’anniversaire de son décès, une Homélie ainsi qu’une messe furent célébrées en la Cathédrale d’Amiens par l’Évêque d’Amiens et par le père Cordier, ancien combattant de la 2e DB et Aumonier général des anciens de la 2e DB.Conrad Kilian, mort le 30 août 1950 dans des circonstances controversées, fut le premier à lancer l’idée : l’Angleterre aurait fait assassiner Leclerc à cause de la guerre secrète du pétrole dans le Fezzan, dans la partie ouest de la Libye. Aucune preuve ne permet toutefois d’étayer cette thèse.
Au contraire, Jean-Christophe Notin démontre que l’avion, modifié pour accueillir des passagers et déséquilibré par l’ajout d’une couchette à l’arrière, aurait simplement décroché alors qu’il volait à basse altitude, ainsi qu’il avait tendance à le faire à la suite de ces modifications.
Le 8 mai 1945, à Bad Reichenhall (Haute-Bavière), douze soldats SS français sont remis à la 2e DB par les troupes américaines. À l’issue d’une rencontre entre Leclerc et les prisonniers, ceux-ci sont emmenés dans une clairière pendant l’après-midi (alors que tous les combats en Allemagne avaient cessé officiellement) et fusillés sans jugement par un groupe de quatre par des soldats du Régiment de marche du Tchad. Ils seront néanmoins assistés religieusement par le père Gaume qui en a reçu l’ordre du père Fouquet, aumônier de l’État-Major de la division française.
Soixante ans après les faits, la responsabilité de ce crime de guerre reste discutée. Selon plusieurs auteurs, dont Jean Mabire (Mourir à Berlin, 1975), et des témoins issus de la 2e DB elle-même (comme le père Gaume), l’ordre d’exécution aurait été donné par Leclerc lui-même, hors de lui du fait de l’insolence d’un des prisonniers qui, à la question : « vous n’avez pas honte de porter l’uniforme des Boches ? », aurait répondu au général qu’il portait bien, lui, un uniforme américain.
Leclerc portait effectivement une tenue de combat d’origine américaine (il obéissait toutefois à une autorité politique française et sous le drapeau français et servait donc "sous uniforme français", contrairement aux SS français qui avaient prêté serment à Hitler).
Quelques clichés photographiques ont été pris lors de cette funeste rencontre entre Français.
Pour traverser les lignes ennemies de la poche de Lille en mai 1940, il déclare à l’officier allemand qui l’a capturé qu’il est réformé, inapte au service militaire en lui montrant une ordonnance médicale datant du Maroc lui prescrivant de la quinine trois fois par jour. Grâce à ce subterfuge on le laisse partir et il peut rejoindre les lignes françaises sur le canal de Crozat.
Pour partir en Angleterre, il traversera la France en guerre grâce à toutes sortes de moyens de transports. Son périple débuté le 17 juin à Avallon, passera par Paris, Le Mans, Sainte-Foy-la-Grande, Bayonne où devant l’impossibilité de prendre un bateau le 5 juillet, il va traverser les Pyrénées jusqu’à Perpignan pour passer en Espagne puis au Portugal et arriver enfin à Londres le 25 juillet.
Au Cameroun en août 1940, pour rallier ce territoire à la France libre il juge son grade de commandant insuffisant face au gouverneur général et au lieutenant-colonel commandant les troupes à Douala. Il arrache les trois galons de sa manche gauche pour en recoudre deux sur celle de droite, le voici colonel lui qui n’était qu’un simple capitaine il y a un mois. Il s’en expliquera auprès du général de Gaulle par le fait que « cette opération au caractère spécial, était fondée sur la persuasion et l’autorité et qu’il dut se conférer ce grade à titre temporaire pour la mener à bien ». Le 28 août, le colonel breveté Leclerc est nommé commissaire général du Cameroun par le général de Gaulle. Il prit pour habitude de cacher son bras gauche dans son dos pour qu’on ne remarque pas que le nombre de galons qui s’y trouvaient ne correspondait pas au grade prétendu.
Tout au long de la guerre, il utilisa toutes sortes de subterfuges pour arriver à forcer la victoire. Il incarnait l’esprit Free French de ceux qui avaient, derrière le général de Gaulle, refusé la défaite de 1940. En ce temps-là, désobéir aux ordres du maréchal Pétain le vainqueur de Verdun était difficile pour des officiers formés à la discipline de Saint-Cyr.
Son nom est aujourd’hui l’un des odonymes les plus courants en France.
Le char Leclerc, char d’assaut de l’armée française porte son nom.
La « Fondation Maréchal Leclerc » créée et dirigée pendant 32 ans par le lieutenant-colonel Philippe Peschaud (1915-2006), un proche de Leclerc, n’a eu de cesse de raviver, dans la mémoire collective des Français, le souvenir de cet acteur capital de l’Histoire de France.
De nos jours, les descendants directs, et uniquement les descendants directs, du Maréchal se nomment officiellement Leclerc de Hauteclocque.
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